Facture d’électricité en hausse : Contester, changer de fournisseur, saisir le médiateur de l’énergie

Recevoir une facture de régularisation à quatre chiffres provoque toujours le même réflexe : payer pour en finir. C’est rarement le bon. La loi française interdit en effet à un fournisseur de facturer une consommation antérieure de plus de quatorze mois au dernier relevé.

Encore faut-il agir dans l’ordre : réclamation écrite d’abord, médiateur ensuite, changement de contrat en dernier. Cet ordre compte, car chaque étape conditionne la suivante.

Ce qui a réellement provoqué la hausse du 1er août 2026

Les tarifs réglementés de vente ont progressé de 2,5 % TTC en moyenne, par une décision publiée au Journal officiel du 29 juillet 2026. Pour une consommation de référence de 4,5 MWh par an, la Commission de régulation de l’énergie chiffre le passage de 1 046 à 1 072 euros, soit vingt-six euros supplémentaires sur l’année. Au 31 mars 2026, 19,37 millions de foyers restaient au tarif réglementé en métropole continentale.

Facture d'électricité sur une table avec ordinateur affichant une hausse des prix dans une cuisine moderne

La plupart des articles publiés cet été attribuent cette hausse au coût du réseau. La délibération n° 2026-147 du 15 juillet 2026 raconte pourtant une autre histoire. Sur les 3,10 % d’augmentation hors taxes, le nouveau mécanisme de capacité pèse 2,10 points, contre 1,31 point seulement pour le tarif d’acheminement. Autrement dit, la sécurité d’approvisionnement coûte cette année une fois et demie plus cher que l’entretien des lignes.

Pourquoi cette bascule ? Parce que l’ARENH, ce dispositif qui permettait aux fournisseurs d’acheter du nucléaire à prix encadré, s’est éteint le 31 décembre 2025. Or il jouait un rôle d’amortisseur : la CRE reconnaît qu’il pouvait réduire de plus de 40 % le coût de la capacité, puisque la livraison d’énergie s’accompagnait de garanties. Cet amortisseur a disparu. La première enchère du nouveau mécanisme, tenue le 6 juillet 2026, a fixé un prix de 28 183 euros le mégawatt ; après application du plafond intermédiaire décidé en février, le montant réellement répercuté aux fournisseurs redescend à 18 646,63 euros. La facture d’août 2026 est donc, très concrètement, la première conséquence visible de la fin de l’ARENH pour les ménages.

Deux éléments atténuent le choc. L’accise sur l’électricité baisse de 30,85 à 30,62 euros le mégawattheure pour les puissances inférieures ou égales à 36 kVA. Par ailleurs, la baisse des coûts commerciaux et des certificats d’économies d’énergie retire 0,39 point à la hausse. Cependant, un point mérite attention : souscrire un prix fixe ne protège en rien d’une révision de ce type. Le TURPE et la capacité s’appliquent à tous les contrats, quel que soit le fournisseur.

Trois vérifications avant toute contestation

Avant de rédiger quoi que ce soit, sortez votre facture et votre compteur.

L’index est-il réel ou estimé ? La mention figure en toutes lettres sur le document. Un index estimé signifie que personne n’a relevé votre consommation : le fournisseur a extrapolé à partir d’un historique. Relevez vous-même les chiffres affichés sur le compteur et comparez. Un écart important explique souvent, à lui seul, une régularisation brutale.

Quelle période exactement est facturée ? Repérez les dates de début et de fin. Si la facture couvre dix-huit, vingt ou trente mois de consommation, vous tenez déjà un motif solide.

Votre consommation a-t-elle vraiment changé ? Un hiver rigoureux, un ballon d’eau chaude entartré, un congélateur au garage ou l’arrivée d’un véhicule électrique modifient sensiblement le volume annuel. Vérifiez aussi que l’option tarifaire facturée correspond bien à celle de votre contrat, ainsi que la puissance souscrite.

Contester auprès du fournisseur : la marche à suivre

Dossier de contestation d'une facture d'électricité avec courrier recommandé, factures et ordinateur portable

La règle des quatorze mois, votre principale protection

L’article L224-11 du code de la consommation, applicable depuis le 17 août 2016, empêche de facturer une consommation remontant à plus de quatorze mois avant le dernier relevé ou autorelevé. Cette limite existe parce que le médiateur national de l’énergie avait alerté le législateur : les rattrapages représentaient alors un tiers des litiges, pour des montants moyens dépassant 3 600 euros sur des périodes de vingt-cinq mois. L’objectif était clair, éviter que le consommateur paie les négligences de relevé de l’opérateur.

Trois dérogations subsistent néanmoins. Le fournisseur conserve le droit de remonter au-delà si le compteur était inaccessible, si vous n’avez transmis aucun index après un courrier recommandé du gestionnaire de réseau, ou en cas de fraude avérée.

Rédiger la réclamation

Adressez un courrier recommandé avec accusé de réception au service client. Un courriel a la même valeur juridique, mais la lettre recommandée fournit une preuve de date que vous devrez produire plus tard. Indiquez votre numéro de client, votre point de livraison, le montant contesté, la période concernée et le motif précis. Citez l’article L224-11 si le rattrapage dépasse quatorze mois, et demandez explicitement la rectification.

Les principaux services clients restent joignables par téléphone : EDF au 3004, Engie au 09 69 36 05 73, TotalEnergies au 09 70 80 69 69, Eni au 3294. Un appel ne remplace pas l’écrit, mais il débloque parfois le dossier en quelques minutes.

Encore faut-il viser le bon interlocuteur. Une facture, un contrat ou un relevé relèvent du fournisseur ; en revanche, une panne, une coupure ou une odeur de gaz relèvent du gestionnaire de réseau, Enedis pour l’électricité et GRDF pour le gaz. Cette confusion, très répandue, coûte souvent plusieurs semaines de retard.

Faut-il payer pendant la contestation ?

Réglez la part que vous ne contestez pas : l’abonnement, les taxes, la consommation qui vous semble normale. Cette démarche démontre votre bonne foi et vous met à l’abri d’une procédure de recouvrement pendant l’instruction. Suspendre intégralement le paiement vous fragiliserait inutilement. Ce principe dépasse largement l’énergie : il vaut aussi lorsqu’il s’agit de contester des frais bancaires que vous jugez injustifiés.

Les délais à retenir

Situation Délai Référence
Rattrapage de consommation 14 mois maximum L224-11 code conso.
Recouvrement par le fournisseur 2 ans L218-2 code conso.
Facture de clôture après résiliation 4 semaines L224-15 code conso.
Remboursement d’un trop-perçu 2 semaines L224-15 code conso.
Saisine du médiateur entre 2 mois et 1 an

Saisir le médiateur national de l’énergie

Cette autorité publique indépendante, créée par l’article L122-1 du code de l’énergie, règle gratuitement les différends entre consommateurs et opérateurs. Sa compétence couvre l’électricité, le gaz naturel, le GPL, le fioul, le bois et les réseaux de chaleur. En revanche, elle ne traite ni les tarifs réglementés, qui relèvent de la CRE, ni les litiges de rénovation énergétique.

Attention à une confusion fréquente : le médiateur du groupe EDF et celui du groupe Engie sont des dispositifs internes aux entreprises. Le médiateur national, lui, est indépendant du secteur et compétent pour tous les fournisseurs.

Êtes-vous recevable ?

  • Vous avez envoyé une réclamation écrite à votre fournisseur.
  • Deux mois se sont écoulés depuis cet envoi, sans réponse ou avec une réponse insatisfaisante.
  • Un an au maximum s’est écoulé depuis cette même réclamation.
  • Le litige n’est pas déjà examiné par un juge ou un autre médiateur.

Aucun montant minimum n’est exigé. Un désaccord portant sur cent euros est instruit comme un dossier à quinze mille.

Comment saisir le médiateur de l’énergie ?

La voie la plus rapide reste la plateforme en ligne SOLLEN, accessible depuis le site du médiateur. Comptez une demi-heure si vos pièces sont prêtes. Par courrier, écrivez au Médiateur national de l’énergie, Libre réponse n° 59252, 75443 Paris Cedex 09. Inutile d’affranchir : la procédure est intégralement gratuite. Les échanges se déroulent uniquement en français. Joignez la copie de votre réclamation, la réponse éventuelle du fournisseur et les factures litigieuses.

Combien de temps, et pour quel résultat ?

Un dossier irrecevable est signalé sous trois semaines. Sinon, la recommandation doit intervenir dans les quatre-vingt-dix jours suivant la confirmation de prise en charge. En pratique, le délai moyen est tombé à quatre-vingt-six jours en 2025, contre cent trente et un l’année précédente.

Les résultats parlent d’eux-mêmes. En 2025, le médiateur a reçu 10 475 saisines, dont 6 545 déclarées recevables, et formulé 6 812 recommandations. Celles-ci ont permis aux consommateurs de récupérer plus de 10,5 millions d’euros. La recommandation ne s’impose pas juridiquement aux parties, mais elle est suivie dans la grande majorité des cas. Détail utile : la médiation suspend les délais de prescription pour agir en justice, qui reprennent ensuite où ils s’étaient arrêtés.

Son rôle ne se limite d’ailleurs pas à l’arbitrage individuel. Chaque année, il désigne publiquement les opérateurs défaillants. En 2025, le distributeur de gaz en citerne Primagaz a ainsi reçu un second carton rouge consécutif, près de cinq cents saisines de ses clients ayant encore été jugées recevables. Une information à garder en tête avant de signer chez un fournisseur.

Changer de fournisseur, sans risque et sans frais

Le changement est gratuit, sans engagement et sans coupure. Vous souscrivez chez le nouveau fournisseur, qui se charge lui-même de résilier l’ancien contrat. Aucun technicien ne se déplace, le compteur reste identique et Enedis continue d’assurer le dépannage. Vous disposez d’un délai de rétractation de quatorze jours pour un contrat signé à distance, et rien ne vous empêche de revenir ensuite au tarif réglementé.

Un avertissement s’impose toutefois sur les offres à prix fixe. Elles bloquent le prix de l’énergie, pas les composantes réglementées : une hausse du TURPE ou de la capacité, comme celle du 1er août, s’applique malgré tout. Pour comparer sans être démarché, le comparateur public d’energie-info.fr, édité par le médiateur, reste la référence neutre. Rappelons que la moitié seulement des utilisateurs de comparateurs savent que certains sont rémunérés par les fournisseurs.

Bonne nouvelle sur ce terrain : depuis le 11 août 2026, un professionnel ne peut plus vous appeler sans votre consentement préalable. La loi du 30 juin 2025 remplace Bloctel par un régime d’accord explicite, et tout contrat conclu à la suite d’un appel illicite est nul. Les abus se signalent sur SignalConso.

Quand payer devient impossible

Contactez votre fournisseur avant l’échéance : un échéancier suspend la procédure et s’obtient généralement par un simple appel. La coupure, elle, ne peut jamais survenir du jour au lendemain. Le paiement est dû dans les quatorze jours suivant l’émission ; un premier courrier accorde ensuite quinze jours supplémentaires, puis un second en accorde vingt. Quarante-neuf jours s’écoulent donc au minimum.

Les bénéficiaires du chèque énergie ou d’une aide du FSL équipés d’un compteur communicant sont mieux protégés : depuis avril 2023, une période d’au moins soixante jours à puissance réduite, fixée à 1 kVA, précède obligatoirement toute coupure. Cette puissance permet l’éclairage, le réfrigérateur et la box, mais ni le chauffage ni les plaques électriques. Du 1er novembre au 31 mars, la trêve hivernale interdit toute coupure en résidence principale. Chez EDF, l’alimentation est maintenue toute l’année, y compris hors trêve.

Le chèque énergie 2026, d’un montant moyen de 153 euros et pouvant atteindre 277 euros, se demande jusqu’au 31 décembre 2026 sur chequeenergie.gouv.fr si vous ne l’avez pas reçu automatiquement au printemps. Pour toute question, Énergie-Info répond gratuitement au 0800 11 22 12, du lundi au vendredi de 8h30 à 18h.